Prévoir l’imprévisible & anticiper l’imprévu

Envisager le plus grand nombre d’aléas possible, notamment météorologiques, est incontournable pour répondre à l’appel d’offre d’un chantier tel que l’extension en mer du territoire monégasque et ses 6 ha, et d’y apporter des solutions. Il faut un grand effort du planning, de la gestion des équipes et de la préservation du matériel. If faut prévoir l’imprévisible & anticiper l’imprévu.

« Le modèle météorologique de Monaco s’avère particulier », note Christophe Hirsinger, directeur de Bouygues TP Monaco. Il était pour lui, donc nécessaire de faire appel à pas moins de deux prestataires extérieurs spécialisés dans les prévisions météorologiques pour avoir le maximum de chances de ne pas seulement réagir à un évènement particulier, mais surtout de l’anticiper et de se donner le temps de le préparer au mieux.

Réactivité

Le point météo émis par les deux prestataires extérieurs, étant réactualisé parfois plusieurs fois par jour, se doit d’être le plus précis possible. « C’est ainsi que, dès le début du chantier, nous avons prévu des procédures de mise à l’abri de nos matériels, explique Christophe Hirsinger. Lors des coups de mer d’octobre/novembre, nous nous sommes donc trouvés en mesure de procéder au repli des navires, selon le protocole élaboré, à Imperia, Nice voire même Toulon ». Néanmoins, la difficulté ne se réduit pas seulement à cette mise à l’abri mais aussi à une stratégie plus globale et à des décisions en conscience.

En effet, l’évacuation du plan d’eau pour quelques heures implique de suspendre les opérations pendant plusieurs jours. Cela suppose l’arrêt des opérations en cours, repli des navires vers leur zone de sécurité, retour après l'événement et remise en route du travail. En vue de prévoir l’imprévisible & d’anticiper l’imprévu, il est aussi possible que le « chien de garde », le remorqueur qui va accompagner le navire, peut se trouver consigné selon le règlement des divers ports d’accueil. Dans ce cas, il devra rester aux côtés de son navire pendant toute la durée du repli sans pouvoir prendre en charge le trajet d’une autre embarcation. De ce fait, une décision trop hâtive peut créer un retard notable tandis que, tardive, elle pourrait occasionner des dégâts.



La « houle significative »

Le directeur de Bouygues TP Monaco explique « En matière de houle, nous travaillons sur la base de ce que nous dénommons la HS, c’est-à-dire la notion de houle significative. Mais cette donnée a des implications différentes selon les ateliers, chacun de ces derniers ayant un comportement différent, certains n’étant affectés que dans une moindre mesure, d’autres de manière très significative par une même intensité de houle ».  A titre d’exemple, la pose des caissons – la marge de tolérance s’avère inférieure à dix centimètres –ne peut être réalisée que dans des conditions optimales. Pourtant, le retard pris au printemps a décalé la période de pose vers l’hiver, ce qui vient compliquer la gestion du planning. « Nous avons considéré un ratio de 30% en moyenne d’aléa météorologique dans le calendrier initial, ce qui nous laisse une marge certaine » confie Christophe Hirsinger. Les aléas météorologiques concernent également la gestion des équipes, surtout étant donné les coups de vent et de mer récents

Tandis que certaines de ces équipes travaillaient en suractivité pour procéder aux diverses mesures de protection à l’approche d’une mauvaise passe météorologique, d’autres ne pouvaient plus travailler et leur atelier était suspendu. « Nous travaillons en prenant en compte deux notions de risques, précise Christophe Hirsinger. La première, identifier les risques, c’est-à-dire ce que l’on peut raisonnablement prévoir comme des difficultés liées à la météorologie ou la casse de certains matériels. La seconde, identifier les risques qui sont très difficilement envisageables par hypothèse». Le motif selon le directeur est: « Ne prendre aucun risque que ce soit pour les hommes comme pour le matériel ».  

 

Cette article est basée sur une publication dans la Gazette de Monaco par Georges-Olivier Kalifa le 27 décembre 2018