Extension en mer

La Gazette de Monaco 

Chantier d’ampleur courant jusqu’en 2025, le projet d’extension en mer du territoire monégasque au droit de l’anse du Portier répond à un calendrier précis. Ainsi qu’à de nombreuses contraintes.

Cinq immeubles de prestige, des villas de luxe, une extension du Grimaldi Forum, des commerces, un parking public, une petite marina d’une trentaine d’anneaux, des équipements publics divers, une promenade littorale, de larges espaces verts comprenant un parc végétalisé, un passage ombragé dans la verdure le long de l’actuel Jardin japonais. Quartier hautement résidentiel, la future extension en mer et ses six hectares de superficie, dont 60 000 mètres carrés de logements, constitue probablement LE chantier de la décennie pour Monaco. Par les nouvelles opportunités, notamment économiques, qu’il va générer (nouvelles surfaces de logement, droits de mutation afférents…), mais également en termes de défi technique.

Précautions environnementales

Le vote de la loi de désaffectation par le Conseil National au mois de juin dernier a donné le feu vert au déclassement, étape préalable de la phase de travaux préparatoires actuellement en cours. Ces derniers comprennent notamment l’éradication de la caulerpe, le déplacement d’une partie de l’herbier de posidonie, des grandes nacres et de lithophyllum bissoïdes. Au mois d’octobre, des plongeurs ont gagné les fonds pour y couper, au couteau, l’invasive caulerpe qui, une fois remontée en surface à l’air libre, meurt, ce qui a permis son éradication. Espèce considérée comme un bio-indicateur important, les grandes nacres, plus de 130 au total, ont ensuite été déplacées dans la réserve du Larvotto au mois de décembre. Au terme d’un mois, seules quatre n’ont pas survécu, ingérées par des prédateurs. Quant à la posidonie, il convient d’en déplacer plus de 500 m², pour partie dans la réserve du Larvotto, pour partie près du port de Fontvieille. Des essais sont actuellement en cours (voir page suivante). Enfin, les lithophyllum bissoïdes, sorte d’algue grise qui recouvre certaines roches, vont rejoindre le pied du Rocher de Monaco. Ce n’est qu’une fois ces préparatifs « environnementaux » effectués que va pouvoir débuter

la partie construction. La technique retenue pour réaliser l’infrastructure est celle d’un remblai confiné par une ceinture de 18 caissons en béton armé hauts de 26 mètres et pesant 10 000 tonnes unitaire, munis de chambres d’amortissement de type caissons de Jarlan comme l’on en trouve déjà à Fontvieille. Préfabriqués dans les Bouches-du-Rhône, ces caissons permettront de diminuer les franchissements par fortes houles protégeant les parties exposées du projet, indique Bouygues Travaux Publics. Mené par la SAM de l’Anse du Portier (Bouygues Construction et ses partenaires), ce chantier exceptionnel multiplie les contraintes.

Limitation des nuisances

L’une des premières étapes va ainsi consister dans la pose d’un écran phonique de trois à cinq mètres de hauteur sur toute la promenade qui longe aujourd’hui le Grimaldi Forum et ce afin de réduire au maximum les nuisances générées. En avril, les équipes techniques vont débuter le démontage de la ceinture d’enrochements artificiels le long du centre de congrès. Avant que les opérations de dragage ne débutent. Elles dureront jusqu’à la fin du mois d’août. Un dragage en deux phases, consistant dans le retrait des couches superficielles de vase contenant des polluants et qui seront traitées à la Seyne-sur-Mer, puis des vases plus profondes non polluées, aspirées puis rejetées par 200 mètres de fond dans les eaux territoriales monégasques. La phase suivante consistera à apporter les remblais d’assise, lavés et compactés, qui recevront par la suite les caissons de béton supportant la future dalle. La venue de ces remblais d’assise couvrira la période allant de septembre 2017 jusqu’à la mi-2018. Viendront ensuite les premiers caissons. Ils seront placés puis ballastés afin de rejoindre le fond constitué des remblais d’assise. Le remblai situé entre les caissons sera composé de sable venu de Sicile. C’est alors que prendra fin la construction de la plateforme, vers mi-2020, son urbanisation devrait conduire à une livraison de l’ensemble en 2025.