LE chantier de la décennie

Planning respecté. Craintes sur certaines opérations dissipées. Données environnementales maîtrisées. Si le chantier d'extension en mer constitue toujours un défi à relever quotidiennement, ces deux premières années de travaux auront montré la capacité des nombreux intervenants à tenir leurs promesses sur un projet pourtant unique au monde et non dénué de contraintes très particulières.

“Quartier hautement résidentiel, la future extension en mer et ses six hectares de superficie, dont 60 000 mètres carrés de logements, constitue probablement LE chantier de la décennie pour Monaco. Parles opportunités, notamment économiques, qu'il va générer (nouvelles surfaces de logement, droits de muta- tion afférents. . .), mais également en termes de défi technique”, préfigurait déjà notre numéro 510. Après le déplacement des posidonies et

grandes nacres, un travai d'une délicatess extrême et totalement expérimental, il aura fallu “mettre la roche à nu” en retirant les sédiments en deux phases. La couche supérieure constituée de sédiments dits “non immergeables” ou plus couramment “pollués” aura nécessité un traitement spécifique dans un centre sis à Envisan, dans le Var. Tandis que la couche inférieure a été dissipée sans ne zone définie au large des côtes monégasques.


18 caissons en 18 mois

Il aura ensuite été nécessaire d'acheminer quelque 1 480 000 tonnes de matériau de carrière depuis les Bouches-du-Rhône, par navires spéciaux, pour constituer la couche de remblai d'assise des futurs caissons de béton. Ces derniers, au nombre de 18, grands comme des immeubles de neuf étages et d'une masse unitaire de 10 000 tonnes ont, simultanément aux opérations de préparation du remblai, été construits dans le Grand Port Maritime de Marseille. Un outil spécifique a spécialement été réalisé préalablement. Le caissonnier, sorte d'usine flottante à monter des voiles béton, a été fabriqué en Pologne, puis acheminé par la mer à Marseille. Pendant 18 mois au total et 24/24h, les équipes de la Cité phocéenne ont coulé du béton. Pour Christophe Hirsinger, directeur de Bouygues TP Monaco, “ce fut une formidable satisfaction. Cette opération très particulière faisait l'objet de toutes les attentions.” L'hypothèse initiale prévoyait éventuellement un léger retard lors de cette opération. Il n'en fut rien.

Remise en question

A Monaco, en revanche si les premières phases se sont déroulées sans difficultés, un poste s'est avéré plus complexe que prévu le déroctage prévu sous les piles de l'hôtel Fairmont a alors causé des nuisances supérieures au cahier des charges, obligeant rapidement les équipes de Bouygues TP à se remettre en question et à imaginer de nouvelles techniques. Plus tard, ce sont les conditions météorologiques de l'hiver dernier qui sont venues perturber l'ensemble des opérations. Les maints et violents coups de vent et de mer qui ont émaillé la saison auront causé plusieurs dégâts sur les émissaires en cours de pose, sur les aiguilles de vibrocompaction et même la “gabiole”, ce petit préfabriqué surplombant la mer et le chantier, dédié aux équipes de coordination maritime. Plusieurs opérations de pose de caissons ont également dû être reportées en raison des mauvaises conditions météorologiques même si l'ensemble des 18 unités devrait finalement être en place à la fin du mois prochain, exactement comme prévu sur le calendrier initial. Et ce, dans des conditions et contraintes uniques: la marge de tolérance atteint ici moins de 10cm par élément, un véritable défi!

Calendrier avancé

Par deux fois, des impératifs nouveaux ont également contraint les intervenants à trouver des solutions adaptées pour anticiper certaines opérations (voir notamment pages précédentes).  Ainsi, à fin juin 2019, “nous sommes parvenus à réaliser le travail avec près d'un an d'avance!”, se félicite le directeur de Bouygues TP Monaco concernant l'opération de réalisation du terre-plein venant à supporter le futur bâtiment dessiné par l'architecte Renzo Piano.

 

Cet article de  Georges-Olivier Kalifa a paru dans la Gazette de Monaco en septembre 2019.